Dieu a fini le monde, il a ses cent cinquante trimestres, il peut enfin prendre sa retraite.
Il loge maintenant avec saint Pierre au dernier étage d’une grande tour, près du ciel, au-dessus des nuages et de ses locataires: les hommes.
Son logement est somptueux, meublé en style Louis XV et très confortable. Il a un salon de musique, un fumoir, une bibliothèque avec plein de livres en latin, un home cinéma, une piscine intérieure, une salle de sport et une grande terrasse avec des arbres.
Mais Dieu s’ennuie. (…)
Chaque soir, c’est un rituel, il se met à genoux, il déroule un petit tapis sur le sol, pose son oreille dessus et écoute. Et chaque soir, son visage se crispe, il entend les voisins du dessous qui s’amusent. Le rire des femmes surtout lui est intolérable.
Dieu est jaloux des hommes. Leur bonheur lui fait mal.
-- « Vous les avez trop gâtés. Fallait pas leur faire le paradis terrestre » lui reproche saint Pierre. « Voulez-vous qu’on déménage? »
-- « Non, je veux rester près d’eux . »
-- « Alors essayez de leur gâcher la vie. Au lieu de multiplier le pain et les poissons, multipliez les ennuis. »
-- « Vous avez raison. Je vais m’occuper d’eux. » dit Dieu. Et une méchante lueur s’allume dans ses yeux. « Mais est-ce que je vais réussir ? »
-- « Vous avez bien réussi le paradis. Il n’y a pas de raison que vous loupiez l’enfer. »
(…)
-- « C’est beau comme du Lelouch » dit Dieu.
Sur une immense plage déserte, un homme et une femme courent à la rencontre l’un de l’autre. Ils se rejoignent et s’embrassent.
Ils sont tranquilles, seuls au monde. La plage est à eux, la mer est à eux, le ciel est à eux, le monde est à eux. « Ils sont heureux » soupire Dieu.
Et comme chaque fois qu’il voit des gens heureux, Dieu a la nausée et il réfléchit à ce qu’il pourrait bien inventer.
Le couple s’est allongé sur le sable, ils s’enlacent fougueusement. Dieu, jaloux mate. Il passe ses jumelles à saint Pierre.
-- « Regardez. »
-- « Ils auraient tort de se gêner. «
-- « Ne vous inquiétez pas, ça ne va pas durer. Imaginez les dans quarante ans. »
-- « Qu’est-ce qui va se passer dans quarante ans ? »
-- « Elle aura quarante ans de plus. »
-- « Lui aussi. »
-- « Oui, mais il boitera.
-- « Ça n’empêche pas les sentiments. »
-- « Ils ne se parleront plus. Ils n’auront plus rien à se dire. Ce sera triste, comme un film de Bergman. »
Dieu venait d’inventer le quotidien.
(...)
extraits de "Satané Dieu !" de Jean-Louis Fournier.
Caustique, n'est-ce pas ?... J'adore... Je vous en mettrai d'autres...
Il y a un moment dans la vie d'un malade où la souffrance cesse, où l'esprit glisse dans un état dont le rêve est absent, où le besoin d'aliment est minime, où la conscience du monde environnant commence à s'estomper dans l'obscurité. C'est l'heure où la famille déambule dans les corridors de l'hôpital, tourmentée par l'attente, ne sachant s'il faut cesser d'être là autour du vivant, ou rester auprès de lui jusqu'à l'instant de sa mort. C'est l'heure où il est trop tard pour parler, et pourtant, c'est l'heure où la famille appelle à l'aide avec le plus d'intensité, avec ou sans mots formulés. Il est trop tard pour une intervention médicale (...), mais il est aussi trop tôt pour une séparation définitive d'avec le mourant. C'est le moment le plus dur pour le sproches, soit qu'on souhaite se sauver, en finir avec ça, soit qu'on se cramponne désespérément à quelque chose qu'on est en train de perdre pour toujours. (...)
Ceux qui ont le courage et l'amour nécessaire pour rester auprès d'un malade agonisant dans le "silence qui va au-delà des mots", sait que ce moment n'est ni effrayant, ni douloureux, mais la cessation paisible du fonctionnement du corps. Assister à la mort paisible d'un être humain nous rappelle une étoile filante; l'une de ces millions de lumières dans le vaste ciel, étincelle pendant un bref instant avant de disparaître dans une nuit sans fin, pour toujours. (...)
Cela nous fait prendre conscience de notre finitude, de l'étendue limitée de notre existence.
extrait de "Les derniers instants de la vie " de Elisabeth Kübler-Ross
Le guerrier de la lumière regarde la vie avec douceur et fermeté.
Il est face à un mystère dont, un jour, il trouvera la réponse.
A chaque pas, il se dit : "Mais cette vie est une folie !"
Il a raison. Livré au miracle du quotidien, il note qu'il n'est pas toujours capable de prévoir les conséquences de ses actes. Parfois il agit sans savoir qu'il agit, il sauve sans savoir qu'il sauve, il souffre sans savoir pourquoi il est triste.
Oui, cette vie est une folie. Mais la grande sagesse du guerrier de la lumière consiste à bien choisir sa folie.
estrait du "Manuel du Guerrier de la Lumière" de Paulo Coelho.